Wilfrid B. Lewis

Wilfrid Bennett LewisWilfrid Bennett (W.B.) Lewis (1908-1987)
Père du réacteur CANDU

Le physicien Wilfrid Bennett Lewis a dominé la recherche et le développement de l’énergie nucléaire au Canada pendant près de 30 ans, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à sa retraite en 1973. Le développement du réacteur CANDU constitue sa réalisation la plus exceptionnelle.

Deuxième de quatre enfants d’une famille d’ingénieurs de père en fils, Lewis est né à Castle Carrock dans le comté de Cumberland, en Angleterre, le 24 juin 1908. Enfant, Ben (ainsi appelé par sa famille et ses amis) aime concevoir des modèles à partir de ses jeux de construction mécanique et il construit même des systèmes de radio sans fil à partir de pièces électroniques de récupération.

Après avoir obtenu son diplôme au collège Haileybury de Hertford, en Angleterre, Lewis passe une année comme assistant de recherche en laboratoire à travailler sur le verre optique. Mais en raison de son profond intérêt pour l’électronique et la physique, il opte à l’automne 1927 pour l’Université de Cambridge, qui abrite le laboratoire de physique expérimentale Cavendish célèbre dans le monde entier.

Après trois années d’études de premier cycle en physique au laboratoire Cavendish, Ernest Rutherford, directeur du laboratoire, l’invite à se joindre à son groupe de recherche en tant qu’étudiant de deuxième cycle spécialisé en technologie sans fil. Comme l’électronique en est venue à occuper une place importante dans le matériel expérimental utilisé à Cavendish au début des années 1930, on fait souvent appel à Lewis en qualité de spécialiste en résidence pour trouver l’origine des pannes, puis réparer les appareils électroniques défectueux.

Au cours des quatre années qui suivent, Lewis se plonge dans l’atmosphère d’un laboratoire scientifique universitaire, travaillant à des expériences de pointe sur les particules alpha. Il s’intéresse plus précisément à la détection électronique et au dénombrement des émissions de particules alpha et ses travaux sont sanctionnés en 1934 par une maîtrise et un doctorat.

De 1934 à 1939, W. B. Lewis poursuit une carrière de chercheur au collège Gonville and Caius à Cambridge, menant avec John Douglas Cockcroft des travaux sur la désintégration nucléaire de particules accélérées par des tensions élevées et, plus tard, sur le fonctionnement du cyclotron de Cambridge. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, le gouvernement britannique lui offre un poste auprès du Telecommunications Research Establishment du ministère de l’Aviation, où il est appelé à travailler à l’élaboration de systèmes de radiodétection permettant de défendre le territoire contre les attaques aériennes allemandes. Extrêmement compétent dans ce domaine, Lewis est rapidement nommé surintendant. Ses attributions sont en gros celles d’un chercheur principal dans l’armée.

Si le chercheur s’est révélé un physicien expérimental compétent pendant les années passées à Cavendish, il découvre lors de ses travaux sur les radars pendant la guerre que son véritable talent réside dans la synthèse des efforts de recherche déployés par d’autres. À la fin de la guerre, en 1946, la Division de l’énergie atomique du Conseil national de recherches du Canada (maintenant Laboratoires Nucléaires Canadiens) à Chalk River lui offre la possibilité de mettre à profit ces talents en le nommant au poste de directeur.

W. B. Lewis a su relever avec brio les défis de son nouveau poste en matière de sciences et de gestion, se penchant sur tous les domaines de la conception de réacteurs, s’entourant d’une équipe d’excellents scientifiques, agrandissant les laboratoires et augmentant le parc d’équipement. Son vif intérêt et ses connaissances pointues sur de nombreux aspects de la recherche, notamment en physique, en chimie, en biologie et en métallurgie, lui permettent non seulement de diriger mais aussi d’inspirer de nombreux projets.

Son dynamisme, son intelligence et ses remarquables compétences organisationnelles en ont fait l’instigateur du programme nucléaire canadien. Défenseur de la recherche fondamentale, dans le simple but d’enrichir les connaissances dans certains domaines sans aucune application particulière en tête, Lewis a encouragé les scientifiques travaillant sous sa direction à tirer parti des installations de calibre mondial dont ils disposaient à Chalk River. De la fin des années 1940 à la fin des années 1950, le réacteur national de recherche expérimental (NRX) et les réacteurs nationaux de recherche universels (NRU) construits à Chalk River ont été utilisés pour diverses expériences importantes sur le blindage, le comportement, le flux et la diffusion de neutrons.

Convaincu que l’on pouvait utiliser l’énergie nucléaire de manière économique pour produire de l’électricité, Lewis a encouragé la collaboration entre Énergie atomique du Canada limitée (EACL, maintenant Laboratoires Nucléaires Canadiens) et Ontario Hydro (maintenant Ontario Power Generation) qui a mené au développement du réacteur CANDU, le réacteur nucléaire de puissance entièrement canadien. Considéré par bon nombre comme le « père du CANDU », W. B. Lewis a été au centre de toutes les grandes décisions et des grandes étapes du projet – depuis la conception et l’élaboration de propositions jusqu’à la construction et à la commercialisation du réacteur au Canada et à l’étranger.

Quand il a quitté EACL en 1973 pour prendre sa retraite, Lewis s’est installé à Kingston, où, pendant les neuf années qui ont suivi, il a écrit et donné des cours sur l’énergie nucléaire en qualité de professeur émérite à l’Université Queen’s. Ardent promoteur de l’énergie nucléaire comme solution aux crises énergétiques de l’époque, W. B. Lewis affirmait que l’énergie exploitable grâce à la fission nucléaire suffirait à répondre aux besoins de la population mondiale pendant des siècles et des siècles.

En 1981, le père du CANDU s’est vu décerner le prix Fermi fort convoité pour l’ensemble de ses contributions exceptionnelles à la recherche en science de l’énergie. Atteint de la maladie d’Alzheimer, il est mort à Deep River, en Ontario, le 10 janvier 1987.

Sources :

Fawcett, Ruth. Nuclear pursuits: the scientific biography of Wilfrid Bennet Lewis. McGill-Queen’s University Press, 1994.
Johnson, Carell B. Half a Century of Nuclear Pioneering: Profile of W. Bennett Lewis. dans Nuclear Canada Yearbook 1983 de l’Association nucléaire canadienne, 1983.
Canadian Nuclear Society, http://media.cns-snc.ca/history/pioneers/wb_lewis/wb_lewis.html.