Inde et Pakistan

Inde

Dans le cadre d’un programme d’aide à l’Inde, le gouvernement du Canada et Énergie atomique du Canada limitée (EACL, maintenant Laboratoires Nucléaires Canadiens) ont convenu en 1954 d’aider l’Inde à construire un réacteur de recherche s’inspirant du modèle NRX à Chalk River. Cette aide s’inscrivait dans le cadre du Plan de Colombo, programme adopté d’un commun accord en 1950 par les ministres des Affaires étrangères du Commonwealth pour stimuler le développement et réduire la pauvreté dans les pays d’Asie du Sud-Est. Le réacteur de recherche, baptisé « CIRUS » (Canadian India Reactor United States), fut construit, l’eau lourde et l’uranium devant être fournis par les États-Unis. L’Inde avait signé au préalable un accord avec le gouvernement du Canada indiquant qu’elle utiliserait uniquement sa technologie nucléaire à des fins pacifiques, promesse qu’elle a par la suite brisée. Le CIRUS est entré en service en 1960.

Avec l’aide du gouvernement du Canada, l’Inde acheta également une centrale nucléaire à EACL, dont la mise en chantier commença en 1963. Située dans la province du Rajasthan, la centrale, baptisée « RAPP-1 », avait une puissance de 200 MW et reposait sur la même conception que la première centrale nucléaire CANDU à Douglas Point. La centrale RAPP-1 fut terminée et commença à alimenter l’Inde en électricité en 1972.

RAPP-1
RAPP-1.

La construction de RAPP-2 allait bon train quand en mai 1974, l’Inde rompit son entente avec le Canada et testa une arme nucléaire utilisant du plutonium créée dans le réacteur de recherche CIRUS. Le Canada arrêta les travaux à la centrale RAPP-2 et mit fin à son aide à l’Inde. Le monde entier manifesta son indignation et le Canada fut la cible des critiques pour avoir donné à l’Inde la technologie lui permettant de mettre au point des armes nucléaires, alors qu’il n’avait comme objectif que d’aider l’Inde à exploiter l’énergie nucléaire à des fins pacifiques sous un contrôle civil. Par la suite, l’Inde construisit 16 autres centrales nucléaires reposant sur le concept canadien. Toutefois, les deux réacteurs RAPP fournis par le Canada demeurèrent sous haute surveillance. 

n 1990, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) demanda au Canada d’aider l’Inde à améliorer la sûreté des deux réacteurs RAPP. Cette aide fut suspendue en 1998, après que l’Inde eut effectué une nouvelle série d’essais nucléaires.

L’isolement de l’Inde des industries nucléaires mondiales prit fin en 2006, lorsque les États-Unis et l’Inde conclurent un accord stipulant que 14 des 22 réacteurs nucléaires indiens seraient assujettis à un système de garantie nucléaire permanente, ce qui mit fin à la possibilité de leur utilisation à des fins militaires. En contrepartie, l’Inde pouvait commercialiser la technologie nucléaire après avoir conclu une entente la rattachant au système de garanties de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et obtenu l’aval du Groupe des fournisseurs nucléaires (GFN). Le peaufinement de cet accord est en cours. Par suite de l’initiative des États-Unis, d’autres pays, dont la France et la Russie, ont conclu des ententes de coopération nucléaire avec l’Inde.

Pakistan

En 1966, le Pakistan possédait déjà son propre réacteur de recherche baptisé « PARR-1 », qui avait été construit avec l’aide des États-Unis lorsqu’il conclut une entente avec le Canada en vue de la construction de la centrale nucléaire de Karachi, de 137 MW, baptisée « KANUPP ». Contrairement à l’achat indien, le réacteur KANUPP devait être conçu et fourni par Générale Électrique du Canada et la centrale nucléaire KANUPP devait reposer sur la filière NPD, utilisant le savoir-faire et le soutien financier canadiens. La construction commença en août 1966, mais fut interrompue en 1971 lorsque la guerre civile éclata entre le Pakistan oriental et le Pakistan occidental. L’Inde participa à la guerre, qui se solda par la création du Bangladesh. Encore aujourd’hui, il y a des tensions politiques entre le Pakistan et l’Inde, principalement en ce qui concerne la région contestée du Cachemire.

Centrale nucléaire de Karachi 

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Les travaux reprirent à la centrale KANUPP après la guerre et le réacteur commença à alimenter le Pakistan en électricité en octobre 1972. La même année, le Pakistan, qui était au courant du programme d’armes nucléaires de l’Inde, amorça secrètement son propre programme dans le domaine. En 1976, il refusa d’adhérer à un accord de non-prolifération, et le Canada mit fin à son aide et suspendit ses envois d’uranium au Pakistan. Toutefois, le réacteur KANUPP, tout comme les deux réacteurs indiens fournis par le Canada, faisaient également l’objet de garanties propres au site. Le Pakistan n’a pas bénéficié de la même coopération que l’Inde, car on le soupçonne d’avoir fourni la technologie nucléaire à l’Iran et à la Corée du Nord.

KANUPP
KANUPP.

Le Pakistan a procédé à une explosion atomique en 1998. À ce jour, l’Inde et le Pakistan ne sont pas signataires du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, qui vise à limiter la propagation des armes nucléaires et à promouvoir l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Parmi les pays non signataires, mentionnons Cuba et Israël.

La centrale KANUPP a été mise à l’arrêt en 2002 en vue de mises à niveau, sous la surveillance de l’Agence internationale de l’énergie atomique, et elle a redémarré en 2007, ce qui en fait la plus ancienne centrale CANDU encore en activité.