Tchernobyl

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Carte de l’Ukraine.

Ce qui s’est produit

L’accident est survenu au petit matin le 26 avril 1986 lorsque des opérateurs ont fait des interventions non conformes aux devis techniques de la centrale. Ils ont exploité la centrale à très faible puissance, sans prendre les mesures de sécurité adéquates et sans coordonner la procédure comme il se doit avec le personnel de sûreté ni la leur communiquer.

Les quatre réacteurs de Tchernobyl étaient des réacteurs à eau sous pression de conception soviétique appelés « RBMK » (Reaktory Bolshoi Moshchnosti Kanalnye), ce qui signifie « réacteur de forte puissance à tubes de force ». Conçus pour produire du plutonium et de l’énergie électrique, ils étaient très différents des modèles commerciaux standard, car il s’agissait des seuls réacteurs modérés au graphite et refroidis à l’eau.

En outre, les réacteurs de Tchernobyl étaient très instables à faible puissance, principalement en raison de la conception des barres de commande et du « coefficient de vide positif », facteur propres à accélérer la réaction en chaîne et la production d’énergie en cas de perte de l’eau de refroidissement.

Tous ces facteurs ont contribué à la montée en puissance incontrôlable qui a mené à la destruction du réacteur 4 de Tchernobyl. En effet, la soudaine élévation de température découlant de la montée en puissance a provoqué la rupture de certains tubes de force renfermant le combustible.

RBMK diagram
Schéma d’un réacteur RBMK.

La réaction entre les particules de combustible chaud et l’eau a entraîné une explosion de vapeur qui a soulevé le couvercle de 1 000 tonnes métriques du réacteur et causé la rupture du reste des 1 660 tubes de force et, par le fait même, une deuxième explosion, tout en exposant le cœur du réacteur à l’environnement. Le feu a brûlé pendant 10 jours en émettant dans l’atmosphère une grande quantité de rayonnement.

Contrairement à la plupart des centrales nucléaires ailleurs dans le monde, celle de Tchernobyl n’avait aucune enceinte de confinement massive. Sans cette protection, les matières radioactives se sont échappées dans l’environnement.

La structure en béton dans laquelle se trouve à l’heure actuelle le réacteur 4 de Tchernobyl détruit par l’explosion s’affaiblit au fil du temps. L’Ukraine et le Groupe des Huit ont convenu d’un plan d’action pour stabiliser la structure existante en construisant tout autour un énorme sarcophage dont la durée de vie devrait dépasser 100 ans.

Les autorités ont mis en arrêt le réacteur 2 après un incendie survenu dans le bâtiment en 1991 et elles ont fermé les réacteurs 1 et 3 de Tchernobyl respectivement en 1996 et en 2000.

Effets

Les scientifiques soviétiques ont déclaré que le réacteur 4 de Tchernobyl renfermait environ 190 tonnes métriques de dioxyde d’uranium (combustible) et de produits de fission. Selon les estimations, de 13 à 30 % de ces produits ont été rejetés dans l’atmosphère.

À la suite de l’accident, les substances contaminées ne se sont pas répandues également dans la campagne environnante – elles se sont dispersées de façon irrégulière au gré des conditions météo. D’après les scientifiques soviétiques et occidentaux, le Bélarus a reçu environ 60 % des substances contaminées qui sont tombées sur le territoire de l’ancienne Union soviétique. Une vaste zone de la Fédération de Russie, au sud de Briansk, ainsi que certaines régions du nord-ouest de l’Ukraine ont également été contaminées.

Effets à court terme

Les travailleurs participant aux opérations de récupération et de nettoyage après l’accident ont reçu des doses de rayonnement élevées. Dans la plupart des cas, ces travailleurs n’étaient pas munis de dosimètres individuels mesurant la quantité de rayonnement reçu. De plus, en raison du manque d’uniformité des procédures dosimétriques, les spécialistes n’ont pu qu’estimer leurs doses.

D’après les estimations des Soviétiques, de 300 000 à 600 000 personnes ont pris part au nettoyage de la zone d’évacuation d’un rayon de 30 km autour du réacteur. Toutefois, nombre d’entre elles ne sont entrées dans cette zone que deux ans après l’accident.

Toujours selon leurs estimations, 211 000 personnes ont participé aux opérations de nettoyage pendant la première année suivant l’accident et ont reçu une dose de 16,5 rem en moyenne.

La thyroïde de certains enfants des zones contaminées a reçu une forte dose en raison de l’absorption d’un isotope d’iode à période radioactive relativement courte présent dans le lait local contaminé. Plusieurs études ont révélé une augmentation marquée de l’incidence du cancer de la thyroïde chez les enfants de moins de 15 ans au Bélarus, en Russie et en Ukraine.

À condition d’être détectés à temps, les cancers de la thyroïde observés chez ces enfants étaient traitables au moyen d’une chirurgie suivie d’une thérapie à l’iode 131 visant à détruire toute métastase et d’une médication de remplacement de l’hormone thyroïdienne.

Effets à long terme

Immédiatement après l’accident, le principal problème de santé était attribuable à l’iode radioactif, qui a une période radioactive de huit jours. À long terme, la contamination du sol au césium 137, ayant une période radioactive d’environ 30 ans, suscite des préoccupations.

Les autorités soviétiques ont commencé à évacuer la population de la zone autour de Tchernobyl dans les 36 heures suivant l’accident. En mai 1986, soit environ un mois plus tard, elles avaient déplacé toutes les personnes vivant dans un rayon de 30 km (18 milles) de la centrale, soit environ 116 000 habitants.

Études épidémiologiques

Le projet international Tchernobyl a effectué la première évaluation majeure des conséquences radiologiques de l’accident. Sous la gouverne d’un groupe consultatif de spécialistes internationaux, le projet mettait à contribution la Commission des Communautés européennes, le Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Dans le cadre d’une étude menée en 1991, les scientifiques participant au projet ont observé, comme on s’y attendait, que les données soviétiques officielles n’indiquaient aucune augmentation marquée de l’incidence de la leucémie ou d’autres types de cancer. Toutefois, plusieurs chercheurs ont fait valoir que l’échantillon du projet était trop petit et que la période couverte par l’étude était trop courte pour indiquer une augmentation de l’incidence des cancers ayant une longue période de latence. Selon les scientifiques participant au projet, [traduction] « la dose estimative absorbée par la thyroïde des enfants était assez élevée pour entraîner une augmentation statistiquement détectable de l’incidence des tumeurs de la thyroïde dans l’avenir ».

Différentes organisations, notamment l’OMS, l’Union européenne, l’AIEA et UNSCEAR, ont mené par la suite de vastes études sur la santé. De façon générale, ces études ont montré que, outre « l’augmentation appréciable » du nombre de cancers de la thyroïde observée au Bélarus, en Russie et en Ukraine à la suite d’une exposition pendant l’enfance, très peu de données témoignent d’« effets majeurs sur la santé publique » associés au rayonnement ionisant.

En outre, il y a eu consensus sur le fait que l’accident avait de graves répercussions sur la santé mentale des habitants des régions touchées, entraînant une hausse des troubles associés à l’anxiété, à la dépression et au stress.

Forum de Tchernobyl

Une étude qui a fait date, publiée en septembre 2005 par le Forum de Tchernobyl, a révélé de nouveaux résultats.

Le rapport intitulé L’héritage de Tchernobyl : impacts sanitaires, environnementaux et socio-économiques repose sur les travaux de centaines de scientifiques, d’économistes et de spécialistes de la santé. Selon Burton Bennet, président du Forum, qui regroupe huit organismes spécialisés des Nations Unies et les gouvernements du Bélarus, de la Russie et de l’Ukraine, les chercheurs ont étudié les données épidémiologiques les plus récentes « pour résoudre les questions que l’on continuait de se poser sur le nombre de décès et de maladies réellement imputables à l’accident de Tchernobyl et sur ses répercussions économiques ».

« Les effets sanitaires de l’accident étaient potentiellement catastrophiques, mais une fois que vous les additionnez en vous basant sur des conclusions scientifiques dûment validées, en ce qui concerne le public, ils n’ont pas été aussi forts que ce que l’on pouvait craindre initialement », a expliqué Michael Repacholi, responsable du programme Rayonnements de l’OMS.

Le rapport fait état de plusieurs conclusions, entre autres :

  • La plupart des membres des équipes d’intervention et des habitants des zones contaminées ont reçu des doses à l’organisme entier relativement faibles, comparables au rayonnement naturel.
  • Environ 4 000 cas de cancer de la thyroïde, principalement chez des patients qui étaient des enfants ou des adolescents au moment de l’accident, sont imputables à la contamination et neuf de ces personnes en sont mortes; toutefois, le taux de survie parmi les patients atteints de ce type de cancer atteint presque 99 %.
  • Environ 4 000 personnes pourraient à terme décéder des suites d’une exposition au rayonnement consécutive à l’accident, mais l’équipe de spécialistes internationaux n’a trouvé aucune indication d’une quelconque augmentation de l’incidence de la leucémie ou d’autres types de cancer chez les habitants touchés.
  • On n’a pu établir aucune preuve ni aucune probabilité d’une diminution de la fertilité parmi les populations touchées ou d’une augmentation des malformations congénitales pouvant être attribuées à l’exposition au rayonnement.
  • La pauvreté, les problèmes de santé mentale et les maladies liées au « mode de vie », par exemple l’alcoolisme et le tabagisme, constituent pour les populations locales une menace beaucoup plus grave que l’exposition au rayonnement. Le déplacement d’environ 350 000 personnes hors des zones touchées s’est avéré une « expérience extrêmement traumatisante », alors que la persistance de mythes et d’idées fausses sur le risque d’irradiation provoquait chez les habitants des zones touchées un « fatalisme paralysant ». Se considérant comme des « victimes » plutôt que comme des « survivants », ils ont fait preuve d’une prudence excessive et de préoccupations exagérées pour leur santé.


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Source :

Nuclear Energy Institute, July 2011. http://www.nei.org/Master-Document-Folder/Backgrounders/Fact-Sheets/Chernobyl-Accident-and-Its-Consequences.