Irradiation ou contamination

Selon un malentendu généralisé, on croit à l’extérieur du milieu nucléaire et scientifique que toute chose exposée à un rayonnement ionisant a été contaminée et constitue un danger permanent. Or, cela n’est pas le cas. De nombreux objets d’usage quotidien ont été irradiés. Qui n’a jamais utilisé un coton-tige pour se nettoyer les oreilles ou mis un pansement adhésif sur une coupure? Peut‑être serez-vous étonné de l’apprendre, mais ces deux produits ont été irradiés ou exposés à un rayonnement ionisant pour les stériliser. Pourtant, la plupart des gens croient que les choses qui ont été exposées à un rayonnement ionisant sont radioactives, ce qui est faux naturellement. Il y a une grande différence entre irradiation et contamination.

Lorsqu’une chose a été irradiée par des rayons X, des rayons gamma ou des faisceaux d’électrons, par exemple, l’irradiation cesse dès que la source des rayonnements est supprimée ou interrompue. Lorsque vous allumez une lumière, la pièce est remplie de rayonnement électromagnétique sous la forme de la lumière visible mais ces rayonnements cessent dès que vous fermez l’interrupteur. Il en va de même de l’énergie du rayonnement ionisant. (Nota : Lorsque l’irradiation s’arrête, ses effets biologiques peuvent cependant persister si une lésion cellulaire non réparée a été infligée.)

La contamination est un phénomène très différent. Lorsqu’il y a contamination, la source du rayonnement ionisant proprement dite est transférée, comme lorsque des radio-isotopes sous forme solide, liquide ou gazeuse sont introduits dans l’environnement. Par exemple, le strontium 90, radio-isotope que l’on retrouve dans le combustible irradié des réacteurs et qui peut provoquer diverses maladies des os, notamment le cancer, pourrait se retrouver en suspension dans l’air et se déposer sur les bâtiments, sur les arbres et dans l’herbe et, par conséquent, les contaminer. Une fois que le strontium 90 s’est déposé, il peut se mélanger au sol et à l’eau et les contaminer également. C’est pourquoi le combustible irradié des réacteurs est stocké à l’écart de l’environnement et sous forme solide, ce qui empêche sa dispersion.

nuclear worker
Un travailleur du nucléaire vérifie la contamination dans un secteur.

Une chose contaminée par des radio-isotopes demeure radioactive jusqu’à ce qu’ils se désintègrent pour atteindre un niveau non dangereux. Dans le cas du strontium 90, la désintégration s’échelonne sur des dizaines d’années (selon la contamination initiale). Si la contamination se produit dans un milieu contrôlé, comme l’intérieur d’un bâtiment ou tout autre secteur relativement petit, on peut décontaminer les lieux en utilisant des techniques, du matériel et une procédure spécialisés. Les matières contaminées doivent alors être stockées comme il se doit jusqu’à ce que les isotopes se soient désintégrés et aient atteint un état stable.

La contamination n’est pas toujours dangereuse et elle peut parfois même être utile. La plupart des organismes vivants, notamment les végétaux, sont « contaminés » en permanence par des radio-isotopes d’origine naturelle présents dans l’environnement, comme le carbone 14, le potassium 40 ou l’uranium 238. Cette contamination conduit à un niveau relativement sûr de rayonnement naturel au sein de l’organisme et on peut encore utiliser la désintégration du carbone 14 des milliers d’années plus tard pour déterminer la date de la mort de l’organisme (datation au carbone).

Au Canada, comme dans la plupart des régions du monde, les installations qui utilisent des rayonnements ionisants, notamment les centrales nucléaires, les usines de fabrication, les hôpitaux, les laboratoires de recherche, les universités et les fabricants de produits pharmaceutiques, de même que les secteurs entourant ces installations font l’objet d’une surveillance constante et d’inspections régulières pour assurer la conformité aux procédures de sûreté. On prend ces mesures pour garantir la sécurité du public et s’assurer qu’il n’y pas eu de contamination radioactive (sauf lorsque c’est voulu et dans des conditions rigoureusement contrôlées, par exemple, l’utilisation des radio-isotopes médicaux). En cas de contamination accidentelle, des plans et procédures bien rodés sont en place pour repérer et circonscrire la contamination et assainir les lieux. Strictement réglementée et soumise à un régime d’inspections, l’industrie nucléaire est plus sûre que toutes les autres.